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Les jeunes guerriers du Darfour
Reportage de Philip Poupin, 22 ans, Grand Prix 2004 décerné le 9 mars 2005.
À l'ouest du Soudan, le Darfour, un conflit armé. D'un côté, une armée improvisée
de jeunes guerriers de communautés africaines embarqués dans une révolution pour le partage
des richesses. De l'autre, le gouvernement central, unique puissance autoritaire dominée par des tribus arabes.
Sa réponse à la rébellion : la force et l'armement de milices
«les janjawids » (« les cavaliers du diable »). Vulnérable, la population
civile du Darfour a été contrainte
à se déplacer, à tout abandonner.
Aujourd'hui, deux millions de personnes ont été
meurtries par ces attaques. Ayant souvent tout perdu, jusqu'à leurs familles, les jeunes garçons du
Darfour ont rejoint en masse l'une des cinq bases de leurs aînés rebelles, réparties dans la
région. On les nomme les AMLS, les
« soldats de l'Armée du Mouvement de Libération du Soudan ». Ils ont entre 15
et 20 ans et ont fait leur choix : « sauver le pays » (et « reprendre leur
repas au gouvernement »). Ils étaient
étudiants, adolescents à la maison. Ils sont devenus rebelles, au nom d'un idéal de liberté.
Alors, ils patrouillent dans les villages, prennent en main leur territoire,
font entendre leurs voix et leurs armes.
« Jamais au même endroit chaque nuit. » Dire cela n'est pas faux, mais en moyenne ils
changent tous les deux, trois jours et dès qu'ils sentent une menace. Pour eux, la guerre, c'est attendre.
Attendre les faux-pas de l'adversaire et attaquer les postes de police pour piller son armement et occuper les villes
stratégiques. Ils voyagent discrètement dans le pays, transportant leur campement de fortune pour éviter
d'être repérés. Ces rebelles ont adopté la stratégie des « militaires
fantômes », embusqués, observateurs armés, prêts à bondir.
Lorsqu'ils ne patrouillent pas, ils plantent leurs tentes, noircies
par l'usure, repèrent un champ qu'ils transforment en terrain de sport et d'entraînement. Les armes
révolues, rafistolées comme des lances roquettes des années 50, sont leurs réponses
de révolutionnaires, soutenus par les villageois et leurs frères tchadiens. Au coeur de ce Darfour
mis à feu et à sang, perdu dans la confusion des combats, la nouvelle génération s'engage.
Dans une impasse ? Pour quel avenir ? Lorsque ces jeunes se retrouvent, tapis dans la forêt, ils
rechargent la batterie du téléphone satellite, se divertissent avec un caméscope numérique
dont on ne connaît la provenance et consomment matin, midi et soir du thé et du riz. Seul petit extra,
le riz est sucré au petit-déjeuner !
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