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comment la femme vit-elle au congo kinshasa la pandemie du vih/sida dans le cadre du mariage ?

Par Me Louise Kapinga, Avocate au Barreau de Gombe – Kinshasa - RDC.

Après les déclarations du Pape Benoit XVI en Afrique sur l’utilisation des préservatifs et les différentes campagnes médiatiques sur le sujet qui ont suivi, Me Louise Kapinga, Avocate au Barreau de Gombe, Kinshasa - RDC, donne un éclairage saisissant de la situation et de son vécue au sein des familles. Parmi les questions que l’épidémie du VIH suscite, figure celle liée au mariage en tant qu’institution. C’est à cette question qu’elle a souhaité répondre à la lumière des facteurs généralement connus comme propagateurs du VIH/SIDA en République Démocratique du Congo.

Le mariage valeur positive et un signe de stabilité et de sécurité en général.

Notre législation reconnait le droit au mariage à tout individu à travers la Constitution1 qui reconnait le droit de se marier à tout individu avec une personne de son de son choix, de sexe opposé, et de fonder une famille. Le Code de la Famille donne le but essentiel du mariage qui est de créer une union entre un homme et une femme qui s’engagent à vivre ensemble jusqu’au décès de l’un d’entre eux pour partager leur commune destinée et pour perpétuer leur espèce. Enfin la Loi protectrice des droits des personnes vivant avec le Vih (PVV) aussi abonde dans le même sens en reconnaissant en son article 8 le droit au mariage à cette catégorie de personnes mais avec information ou consentement éclairé de la personne avec laquelle on veut s’engager dans ce lien de mariage.

En RDC, d’une manière générale, notre législation est on ne peut plus claire lorsqu’elle reconnait à toute personne le droit de se marier avec une personne de son choix et de sexe opposé. Il s’agit ici du mariage pris au sens d’institution. Notre législation semble d’abord s’être inspirée des Ecritures Saintes où le mariage en tant que première institution sacrée a tiré ses origines. Il constitue la preuve évidente du partenariat homme-femme à la création de la société. Existant depuis des millénaires l’institution du mariage ne semble donc pas être dépassée et continue à garder une place de choix dans notre société. Considéré comme une valeur positive et un signe de stabilité et de sécurité en général, le mariage est souvent conseillé et préféré contrairement au célibat, qui, pense t-on dans la plupart des cas, peut aussi facilement conduire à la prostitution et au commerce du sexe.

Ces deux phénomènes de société sont perçus comme des antivaleurs et ceux qui les pratiquent comme des marginaux. Ils se trouvent malheureusement stigmatisés par la société de ce fait.

Qu’il soit célébré en famille ou devant l’officier de l’état civil, devant Dieu et les hommes, cette institution demeure un cadre légal et socialement légitime où l’homme et la femme s’unissent officiellement, d’abord pour former une seule chair et ensuite pour perpétrer leur espèce.

De multiples avantages attribués au mariage pour la femme.

Tout d’abord sur le plan moral, le mariage est un signe de stabilité et de sérieux. On estime qu’une fille qui y a accédé a fait preuve d’une bonne conduite et d’une bonne réputation en principe. C’est un Honneur pour elle et sa famille. Sur le plan social, une certaine considération pour la femme est indéniable. Les mentalités de notre société font croire, même si c’est à tort, qu’une femme ne peut mériter ce statut de véritable femme que si elle est épouse, donc si elle est dans le mariage contrairement aux femmes célibataires. Sur le plan économique, la femme, souvent sans ressources, estime avoir trouvé quelqu’un en mesure de la prendre entièrement en charge ainsi que sa famille, qu’elle sera capable de subvenir à tous ses besoins vitaux en alimentation habillement, soins médicaux etc. Sur le plan juridique, la situation de la femme mariée engendre certains droits, en particulier celui de porter le nom de son mari et de bénéficier des avantages liés à son statut d’épouse etc.

Avec les mauvaises mentalités développées à tort dans notre société, il n’est pas rare de voir une femme ou une jeune fille qui, quelque soit la positon privilégiée qu’elle occupe dans la société, bardée ou non de diplômes, ne pas rêver un jour du mariage. Elle estime cette situation préférable au célibat. Raison pour laquelle elles se lancent dans des jeûnes et campagnes religieuses pour que leurs prières en matières de mariage soient exaucées car d’après elles, Dieu est celui qui donne le mariage. Il n’est pas perçu comme un contrat mais plutôt comme un signe de bénédiction divine par rapport au célibat ou au concubinage. Ces derniers jetant sur elles le discrédit ainsi que sur sa famille (surtout avec le fléau du VIH/SIDA).

C’est le moment de s’interroger si le mariage, à l’heure du VIH/SIDA, est véritablement source de sécurité tel qu’on lui prête ou constitue t-il l’une des causes de la féminisation de la maladie? Comment les liens du mariage sont-ils vécus dans les familles avec le drame de la féminisation du VIH/SIDA.

Le mariage est mis à dure épreuve par le VIH/Sida.

A l’heure actuelle, le mariage est mis à dure épreuve par le VIH/Sida. Comment les liens du mariage sont-ils vécus dans les familles avec le drame de la féminisation du VIH ? Lorsqu’on invoque la féminisation du VIH, on entrevoit la situation de la femme en général sans faire la distinction entre le statut de jeune fille ou de femme célibataire et celle qui s’est mise « la corde au cou ». Mais le cas qui nous intéresse ici présentement est celui de la femme dans le mariage ou dans une union libre et durable.

On observe de plus en plus un changement de perception de cette vision tendant à considérer le mariage comme un abri, une garantie ou encore une sécurité pour la prévention du VIH contrairement au célibat qui expose au vagabondage sexuel, au professionnalisme du sexe jusque là considérés par la société comme un danger, un risque de contamination au VIH.

D’après le récent rapport de l’ONUSIDA du 29/07/2008 sur l’épidémie mondiale du SIDA, il ressort que même si la prévalence mondiale du VIH s’est stabilisée, le sida figure toujours parmi les causes principales du décès dans le monde et surtout la première cause en Afrique subsaharienne. A ses débuts, la proportion des hommes touchés était de loin supérieure à celle de la femme. Plus de 25 ans plus tard depuis son apparition, le VIH à l’instar de la pauvreté, est en train de prendre de plus en plus et fort malheureusement le visage de la femme. Le taux élevé d’infections féminines sont enregistrées dans le pays où l’épidémie se transmet principalement par voie hétérosexuelle, souvent dans un mariage solide et stable ou dans une relation durable.

La femme et la jeune fille sont exposées à une forte contamination à l’opposé de son partenaire homme.

D’une manière générale, la femme et la jeune fille sont exposées à une forte contamination à l’opposé de son partenaire homme. On attribue à de nombreux facteurs de divers ordres cette féminisation du VIH. Sur le plan biologique, la femme est plus vulnérable que l’homme. Le risque pour une femme de se faire contaminer lors d’une relation sexuelle non protégée est plus grand soit 2 à 4 fois plus que l’homme. Cela s’explique par le fait que la muqueuse vaginale de la femme est fragile et qu’il existe une forte concentration du virus dans le sperme que dans les sécrétions vaginales de la femme où ces spermes durent dans l’organisme de la femme.

Son statut social inferieur engendré par les inégalités entre sexes attribue à l’homme la supériorité sur la femme. Ainsi c’est à la femme qu’est dévolue la charge de s’occuper des malades de sa famille infectés par le VIH ainsi que de son partenaire même s’il est infecté en plus d’elle-même. L’absence du dialogue sur le VIH en famille considéré comme un tabou pour une sexualité responsable, le manque de négociation des relations sexuelles entre l’homme et sa femme fait que, même si elle est consciente du comportement à risque de son mari, elle ne sait pas lui conseiller un dépistage ou le port d’un préservatif.

L’allaitement maternel2, les guerres avec tout leur son cortège de malheurs y compris plusieurs cas de viols, les violences sexuelles conjugales, les longues séparations entre l’homme et sa femme pour plusieurs raisons surtout liées à la survie peuvent entrainer le VIH.

Doit aussi être épinglée la multiplication des partenaires occasionnels que l’homme peut impunément se permettre d’avoir et ce pendant le mariage encouragé par le statut juridique inferieur de la femme doublé de l’ignorance de celle-ci des questions de droit. Il arrive même que soient limités aussi ses moyens pour y accéder même si elle connait bien ses droits pour pouvoir les revendiquer.

« L’élongation des organes génitaux féminins, l’utilisation de certaines poudres ou de certaines plantes pour faire plaisir à l’homme, l’excision, le tatouage la perforation… »

L’environnement dans lequel vit la femme est loin de constituer le cadre idéal de son épanouissement y compris sexuel. Les pédicures et manucures qui sont pratiquées sans user de toutes les précautions peuvent véhiculer le VIH. L’échange des objets tranchants tels le couteau lors des fêtes ou deuil expose aussi la femme au risque de contracter le pouvant entrainer le VIH.

Les pesanteurs culturelles : La femme est obligée de faire toujours plaisir à son mari sexuellement. Pour cela, elle se lance dans la recherche de plusieurs techniques de peur de se voir abandonnée au profit d’une autre. C’est ainsi qu’elles procèdent parfois à l’élongation des organes génitaux féminins, l’utilisation de certaines poudres ou de certaines plantes pour faire plaisir à l’homme, l’excision, le tatouage la perforation, tous les us et coutumes séculaires tels les lévirats, sororats...

La dote ayant perdue sa valeur symbolique dans certaines sociétés où la femme est considérée comme objet de commerce est désormais devenue exorbitante et met toujours la femme en dessous de l’homme. Elle « choséifie » la femme en la rendant plus objet que sujet de droit d’une part et, d’autre part, décourage les hommes qui ne savent pas la réunir, réduit le nombre de mariage, encourage le célibat, le vagabondage sexuel.

sans autonomie financière, la femme mariée estime avoir un pourvoyeur sûr à ses besoins en la personne de son mari. Elle vit dans la peur de le perdre alors qu’elle est le soutien de la famille. Son mari et son statut d’épouse lui donnent de la considération dans la société et se voit obligée de se résigner au mariage.

Le couple s’imagine à tort s’être mis à l’abri de toute contamination au VIH par le mariage.

La sexualité est perçue comme l’apanage de l’homme qui doit seul en décider et aussi en jouir. Une femme qui pour une raison ou une autre s’abstient d’avoir des rapports sexuels avec son mari est frappée d’anathème alors que le droit à la vie, à mon sens prime sur tous les autres droits. En effet il arrive fréquemment qu’elle se trouve malheureusement contaminée par son unique partenaire qui est son mari et ce dans le cadre officiel du mariage.

Dans la plupart des cas, il y a des sociétés qui recommandent la chasteté aux filles jusqu’au mariage. Cela ne froisse t-il pas plus d’une personne lorsqu’une fille est considérée comme respectable parce qu’ayant bravée et repoussée toutes sortes de tentations pour se conserver jusqu’au mariage où elle se verra malheureusement contaminée par son mari unique homme qu’elle a connue dans sa vie et à qui elle est restée fidèle ?

Si avant le mariage, pour s’assurer de l’état sérologique de son partenaire, les futurs époux on pu avoir l’idée géniale de se faire dépister encore que ce dépistage d’après la loi protectrice des droits des PVV en son article 9 doit être anonyme, confidentiel et volontaire, le couple s’imagine à tort s’être mis à l’abri de toute contamination au VIH par le mariage. Ce cadre est à tort considéré par eux comme exempt de toute éventuelle contamination au VIH.

Le couple continue à penser malheureusement que l’état sérologique du départ reste intact jusqu’à leur mort ou à leur séparation. Par leur union de mariage, ils pensent avoir échappés à toute contamination. Connaissant bien les modes de contamination l’homme semble moins s’en soucier. Si dans la rue il peut céder aux enchères, cela n’est pas malheureusement le cas chez lui où il est seul maitre à bord. Face au danger du VIH qui guette tout le monde, cette question n’est presque pas abordée en famille. Nous savons que les inégalités liées au genre, l’inégale position sociale, économique, juridique ainsi que les mentalités entretiennent cette situation comme cela a déjà été souligné.

On pense généralement que le mariage constitue un abri pour éviter la contamination au VIH alors que dans bien des cas il ne sécurise pas du tout. Nous publions à titre d’exemple les chiffres provenant d’une enquête sur les femmes. Plus des quatre cinquièmes des nouvelles infections par le VIH chez les femmes surviennent dans le cadre du mariage ou de relations à long terme. En Afrique subsaharienne, environ 60 à 80% des femmes séropositives ont été infectées par leur mari, leur unique partenaire.

Au Sénégal, 50% des sénégalaises séropositives ont vécu dans une union monogamique, 30% des mexicaines reconnues séropositives découvrent leur condition après que leur mari a fait l’objet du même diagnostic.

En inde 90% des femmes séropositives ont déclaré avoir été vierges au moment du mariage et être restées fidèles à leur mari, au Cambodge 42% de transmission se font de mari à épouse, en Thaïlande, on estime à 75% la proportion des femmes séropositives infectés par leur mari, au Maroc, non moins de 55% des femmes séropositives sont infectées par leur mari.

« Le problème de la féminisation du VIH s’inscrit dans le problème général du statut inférieur de la femme sur tous les plans. »

Comme l’inégalité est l’œuvre de l’esprit humain, il appartient à l’homme de combattre cet esprit en le remplaçant par l’esprit nouveau promouvant le véritable partenariat homme femme sur tous les plans. Cette lutte pour la promotion de la femme doit être l’affaire de tous : hommes et femmes. Le problème de la féminisation du VIH s’inscrit dans le problème général du statut inférieur de la femme sur tous les plans.

La lutte pour la parité aura les mêmes répercussions quant au VIH les mêmes moyens utilisés pour cette parité les seront aussi valables pour lutter contre la féminisation du VIH.

Il y a quand même un paradoxe qui doit être signalé, le cas de l’Afrique du Sud où visiblement les femmes étaient en position privilégiée par rapport à leurs partenaires masculins n’a pas beaucoup fait changer la situation de la femme face au VIH. Plusieurs formes de criminalités qui s’y sont développées y compris les cas de viols qui s’y commettent chaque cinq minutes, n’a pas réduit le taux d’infection.

La dignité de la femme ainsi que sa liberté individuelle doivent être plus pris en considération partout le monde femme comme hommes dans ce combat contre la féminisation du VIH.

« Il serait prétentieux et voire impossible de demander aux hommes de mettre fin à toute relation extraconjugale. »

Il serait prétentieux et voire impossible de demander aux hommes de mettre fin à toute relation extraconjugale, néanmoins, nous les invitons à adopter une sexualité responsable en pesant les conséquences pour eux-mêmes, leur femmes, leurs enfants leur famille ainsi que pour le pays.

Le couple doit arriver à se débarrasser des préjugés d’un autre âge en instaurant un dialogue sincère autour du risque du VIH, accepter un test de dépistage avant tout contact avec sa femme si on est pas sur de soi ou carrément porter le préservatif.

Les femmes doivent aussi faire un effort pour briser leur silence en cherchant à négocier les relations sexuelles avec leurs maris, en abordant la question du VIH et d’être aussi en mesure de comprendre qu’il y va de leur intérêt si l’homme accepte de protéger les relations sexuelles au lieu de chercher à créer des problèmes de jalousie qui peuvent pousser ce dernier à cacher sa sérologie positive au VIH ou à refuser parfois le port du préservatif et la contaminer.

Cette initiative de l’homme de protéger les relations sexuelles témoigne son sens élevé de responsabilité et d’amour pour sa femme en l’épargnant d’une éventuelle contamination liée à son comportement sexuel à risque. Tous les aspects pris globalement doivent marcher ensemble, il n’est point question de privilégier l’un au détriment de l’autre.

Me Louise Kapinga

1En son article 40 al ier et 349..
2Le bébé, avant 6 mois, risque moins d’être contaminé par sa mère séropositive lors de l’allaitement. Une étude américaine menée sur des nourrissons africains a révélé que plus de 85% des transmissions avaient lieu après le sixième mois de l’enfant. Lire la suite


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